Le vendredi 16 février, à la suite de l’assemblée générale de la CCI , nous avons eu le plaisir d’accueillir au 7ème étage de notre immeuble consulaire une cérémonie qui nous a réunis autour de Jean-Pierre Limousin au cours de laquelle le préfet de région, Dominique Bur, lui a remis les insignes de chevalier de l’Ordre national du mérite.

A cette occasion, le Président Limousin a évoqué dans son discours de remerciement les valeurs qui ont conduit son parcours jusqu’à sa mission de Président de la CCI mais aussi celles qui caractérisent l’acte d’entreprendre.

Je vous propose de découvrir ci-dessous le texte intégral  du discours de Jean Pierre Limousin :

"Un de mes maîtres, Jacques Barthelemy, qui est au droit social, ce que Francis Lefebvre est au droit fiscal, m’a expliqué un jour que les remises de décorations serventà deux choses :
- faire en sorte que des gens qui n’ont pas vocation à se rencontrer se connaissent,
- délivrer un message unique à un public disparate.

Comme tous les mauvais élèves, j’ai bien retenu son enseignement, mais décidé de ne pas le suivre. 

En effet, nous avons à peine clôturé les travaux de notre assemblée générale  que nous nous retrouvons dans la même conformation, membres élus, membres associés et conseillers techniques, avec toutefois quelques personnalités supplémentaires  dont je vais vous expliquer le choix de leur présence.

J’ai tout d’abord souhaité que nous retrouvions entre membres, à des titres divers, de notre assemblée consulaire car je sais que cette distinction que vous venez d’agrafer, Monsieur le Préfet, je n’en n’aurais jamais été le récipiendaire si nos amis qui sont ici n’avaient pas choisi de me confier les responsabilités que j’ai sollicitées auprès d’eux.             

Ainsi, j’entends que ce n’est pas tant moi qui suis distingué aujourd’hui, mais l’ensemble de celles et de ceux  qui travaillent à faire prospérer nos entreprises au service de la France et des français. Je veux que vous sachiez que j’en ai conscience et que je vous en suis, à tous, reconnaissant.

 J’en viens à nos invités.

 Ils sont de deux natures.

 Ceux qui représentent des concepts d’une part, et ceux qui par leur présence, ou leur absence, me sont les plus précieux, d’autre part.

 Pour ceux qui représentent des concepts, ils sont de quatre natures, et consubstantiels de notre qualité de français, à savoir : l’Etat, la Nation , la Conscience et la Tradition.

La France  c’est d’abord l’Etat, l’Etat républicain que vous représentez Monsieur le Préfet, Etat dont nous ne devons jamais oublier la prééminence sur toutes les autres institutions, quel que soit leur mode d’élection ou de désignation.

Votre lointain prédécesseur, dans les années 1986, Monsieur Lagarde, n’avait de cesse de me rappeler la priorité due à l’Etat, alors qu’il était à la veille de risquer d’être réduit à la condition de commissaire de la République , et que dans certaines préfectures, les petites cuillères du Préfet étaient le théâtre de marchandages ubuesques.

Je n’oublie pas non plus que votre autre prédécesseur Monsieur Mutz, lors d’une séance d’installation de la Chambre , indiquait que la première responsabilité de l’Etat et donc des préfets était la sécurité des personnes et des biens , préalable sans lequel il n’y a ni état, ni vie économique, et que cette situation de paix est le préalable à toutes les initiatives. Si j’avais oublié cette leçon, mon récent déplacement en Algérie m’a permis, malheureusement, d’en vérifier toute la pertinence.

En tant que représentant d’un établissement public administratif de l’Etat, ce qui est la caractérisation juridique d’une CCI, je vous ai indiqué dès notre premier entretien que tant que notre Chambre sera d’accord avec vous, je l’indiquerai publiquement, et que si un jour il devait y avoir désaccord, j’irai, seul, vous en indiquer les raisons, dans votre bureau.

Au moment où vous allez, à notre grand regret, quitter notre région, j’ai plaisir à mentionner que je n’ai jamais eu à solliciter, de votre part, une audience à cet effet.

Aussi je profite de cette circonstance pour vous exprimer les remerciements de notre assemblée pour l’action que vous avez menée au cours des trente derniers mois que vous avez passés au service de notre région et de notre département.
Vous avez été un « syndicaliste » exemplaire et passionné de notre territoire, en mettant notre région sur les bons rails, au sens propre comme au sens figuré.

 La Nation ensuite

Le dictionnaire nous indique que c’est « une communauté humaine qui est animée d’un vouloir vivre  ensemble ».
Monsieur Marsaud, en tant que député, vous êtes le représentant de cette communauté humaine.
En effet même si vous êtes l’élu d’une circonscription, un député est d’abord le représentant de la nation : de ce qui unit et nous donne cette aspiration vers un vouloir vivre commun.
Cette définition est d’autant plus précieuse qu’elle ne parle pas de communauté d’hommes mais de communauté humaine; je veux y voir la confusion délibérée entre les personnes physiques et les personnes morales, les hommes et les entreprises, qui procèdent ensemble de la construction de cette communauté.
En effet les entreprises font partie de la nation, ne parle-t-on pas parfois de « patriotisme économique »?
Il n’est de richesse partageable ou distribuable qui ne vienne des entreprises, individuelles ou sociales.
Les entreprises appartiennent à la nation que vous contribuez à représenter et je vous remercie, Monsieur le Député, de savoir régulièrement  le rappeler.

Je vous sais gré, en outre, d’avoir sollicité Monsieur le Premier Ministre, en vue de l’attribution de cette distinction par le Président de la République.

J’y suis d’autant plus sensible qu’un ténu lien familial me relie au Premier Ministre, puisque ma tante Thérèse du Garreau de la Méchenie a épousé un frère de son père, et que cette femme a été un modèle de générosité et de conscience.

 La conscience précisément

Le rustique Rabelais a réussi le tour de force de faire en sorte que des générations de potaches apprennent par cœur la plus connue et la plus sommaire  des citations françaises : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Quelle erreur, quelle courte vue !
L’économie, le commerce, les échanges, pas plus que la science, ne peuvent vivre et durer sans conscience.

Monsieur le Maire d’Oradour sur Glane, chaque fois que j’ai l’honneur et l’émotion de vous écouter, je suis davantage convaincu que vous êtes la conscience de cette région, à savoir « l’expression du sentiment intérieur par lequel l’homme se rend témoignage à lui même du bien et du mal qu’il fait ».
Vous qui êtes le témoin quotidien des effets du plus grand mal, vous n’avez de cesse de nous rappeler, par votre présence et par vos discours, que la conscience du bien et du mal doit être notre référence quotidienne.

Contrairement à ce que veut bien colporter une presse et des médias parfois peu scrupuleux, je veux attester que quotidiennement nous pouvons vérifier que les entrepreneurs sont animés de cette fibre éthique que bien peu leur reconnaissent.
L’acte d’entreprendre n’est-il pas, en lui même, un acte de partage de sa force, de son courage, de son imagination, de son intelligence et de son temps, et non pas comme certains affectent de le penser, un acte de captation ou de préhension ?

Créer pour partager le meilleur, avec ses collaborateurs, avec ses actionnaires, avec ses clients, avec sa famille, telle est la morale de l’entrepreneur, ce qui n’exclut ni vigilance ni contrôle.
Je vous remercie Monsieur le Maire, d’être toujours le veilleur attentif pour que ne retombe jamais, nulle part, l’envie d’espoir et l’envie de générosité.

 Mais ceci ne vaut sans références.

 La tradition enfin

Elle est représentée par les trois présidents qui m’ont précédé et qui ont contribué à des titres divers à mon éducation consulaire.

Monsieur Le Président Ardant, c’est vous qui, en 1986, avez conduit mes premiers pas consulaires en me confiant :
- la réorganisation de la formation supérieure de la CCI ,
- puis la création de la pépinière que l’on appelait alors de « haute technologie »,
- puis en me confiant enfin le challenge de participer à l’ « invention » de l’école d’ingénieurs que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de 3IL, partout en France, en Afrique, et bientôt au Moyen Orient.
Je me reconnais un mérite, celui d’avoir, grâce à votre confiance imprudente, eu la chance de recruter Ali Mankar Bennis.
Mis à part nos enfants, ce recrutement est ce que j’ai contribué à faire de mieux dans ma vie.   

En outre à peine élu, je me réjouis d’être allé vous rendre visite pour recueillir vos conseils qui me servent maintenant de viatique. 

Enfin je ne peux pas manquer de vous rappeler que je suis toujours perdu dans les abîmes de réflexions auxquels me mène l’analyse d’une phrase que vous m’avez un jour confiée : « être honnête n’empêche pas d’être adroit ». Je n’ai toujours pas tout compris et je suis quasi - certain que je n’y arriverai jamais.  

Cher Jean-Marie Brachet, c’est avec la complicité de Jean-Yves Lavergne, que j’ai eu la faculté, sous votre mandature, de créer la première commission « activités de services » qui ait existé dans une CCI.
Nous avons commencé par des « Etats Généraux de la prestation de service » rassemblant près de 300 personnes en salle des assemblées, et si nous avons bien trop longtemps été seuls, je me réjouis qu’ensemble « nous ayons eu tort d’avoir eu raison trop tôt » puisque le temps, et Monsieur Borloo,  nous donnent raison aujourd’hui.

En outre je ne peux pas manquer de rappeler que l’action que vous avez contribué à conduire avec Bruno Vétillart pour l’autoroute A20 sert aujourd’hui de référence pour l’association pour la LGV Poitiers- Limoges- Brive.  

Enfin Bernard Gorse m’a fait l’honneur de conduire l’aventure du développement de l’aéroport de Limoges Bellegarde, pour une raison que je crois connaître : il savait que ma licence de pilote était en cours, et croyait que cela me donnait une compétence que je n’avais pas. 

Je me dois de rappeler aujourd’hui que c’est parce que vous avez seul, sans le soutien de quiconque, signé au bas d’une page à côté de la compagnie aérienne  BUZZ, que l’aventure a pu commencer.
Bien peu y croyaient.
Nous n’étions pas loin d’être des « jaunes ». 

Je me souviens aussi, que certains demandaient à ce que nous confions un audit à la compagnie Air France pour valider la pertinence d’ouvrir une ligne « low cost ».
Je me souviens encore que c’est aussi ensemble que nous avons découvert la prophétique trilogie maléfique du Limousin « votre projet, ça ne se fera pas, si ça se fait, ça ne marchera pas et si ça marche, ça ne durera pas » !
Merci, mon cher Bernard, de ne pas avoir suivi le conseil de Georges Brassens, et merci d’avoir  eu l’imprudence  de « graver votre nom au bas d’un parchemin ». 

Venons en maintenant à ceux qui me sont proches et précieux   

Les collaboratrices et collaborateurs tout d’abord

Vous les reconnaîtrez facilement dans l’assistance : ils ont les traits tirés et les yeux fatigués. 

Rien ne va jamais assez vite pour moi.
Tout doit être prêt avant de l’avoir demandé.
La pendule est nécessairement bloquée.
La bonne idée arrive forcément à la dernière minute.
Moi seul ai le droit de vivre dans le désordre.
Chacun doit trouver instantanément tout ce que j’ai égaré, et bientôt, personne n’aura même plus droit à la pause déjeuner puisque je n’en fais pas. 

Et pourtant que ce soit à la CCI ou dans mon cabinet, ou dans toutes les autres fonctions que j’ai pu exercer, j’ai toujours bénéficié du concours de collaborateurs et de collaboratrices exemplaires sans qui je n’aurais pas pu me disperser avec tant de bonheur, car tout m’intéresse et rien ne me laisse indifférent. 

A défaut de  pouvoir les citer tous, je voudrais n’en  mentionner qu’un : Stéphane Wojcik, qui, à titre principal, anime mon cabinet pendant mes nombreuses absences  et sans qui je ne pourrais pas vivre l’aventure  passionnante que vous m’avez confiée.  

Le bureau de la Chambre ensuite

Je voudrais remercier les huit membres du bureau de notre compagnie qui m’entourent, me supportent, me conseillent et sur lesquels je m’appuie sans réserve, tant est grande notre relation de confiance.
Il n’est pas de sujet majeur que nous n’ayons arbitré ensemble. 

La magie de nos bonnes volontés conjuguées a fait qu’une osmose  est née spontanément dans notre groupe, avec le concours d’Olivier Claudon, et je me réjouis tous les jours de travailler à vos côtés, et de pouvoir m’appuyer sur vos conseils toujours avisés et unanimes.  

Ma famille enfin  

Si je dois à Stéphane Wojcik de pouvoir exercer les responsabilités que vous m’avez confiées, je le dois au moins autant à Christine, mon épouse, qui, à défaut de m’y avoir encouragé, ne m’en a pas non plus empêché.
Je bénéficie en quelque sorte de ce que l’on aurait appelé dans la vie politique il y a quelques années un « soutien  sans participation », bien qu’elle participe bien plus qu’elle ne le souhaiterait, et qu’il s’agit pour moi d’une esquisse de complicité indispensable. 

Je lui reconnais, entre autres, l’immense mérite d’avoir été bien souvent seule pour s’occuper parfaitement de nos trois enfants alors que j’étais par monts et par vaux.
Ils seraient tous les trois, pour nous, une source quasi - illimitée de joies et de satisfactions, s’ils n’avaient, paraît-il, hérité en partage, du mauvais caractère de leur père.  

Les chiens ne faisant pas des chats, Claire est angliciste  et enseignante comme sa mère, Jérôme est juriste comme son père, et Arnaud fait des études de gestion comme ses parents qui se sont rencontrés sur les bancs du DESS de gestion et d’administration des entreprises de l’IAE de Poitiers.
Vous comprenez mieux maintenant, pourquoi je tenais tant à payer mes dettes en contribuant à créer un IAE à Limoges, chose faîte depuis le 10 janvier 2007, trente deux  ans après ! 

Enfin, et puisque je fais allusion à ma famille, pour conclure, je voudrais saluer la mémoire de deux personnes qui auraient été heureuses d’être ici, aujourd’hui, et qui, bien plus que moi, eussent mérité d’être distinguées.  

Ma belle-mère tout d’abord, la mère de Christine, proche collaboratrice du Général de Gaulle à Londres dès le début du mois de juillet 1940, partie continuer à servir la France Libre aux Indes lors de l’installation du Général à Alger  et qui est au nombre de ces héroïnes, inconnues par choix, qui ont reconstruit notre Nation et l’Etat républicain. 

Mon Père ensuite, qui, quinze ans durant, par choix, a porté en temps de guerre, les armes de notre  pays, en Afrique du nord, en métropole, en Afrique à nouveau, en Corse, en Italie, en Provence, avant d’aller en Indochine. 

Ce sont eux notamment, qui ont fait en sorte que, dans quelques semaines, nous allons avoir le privilège insigne de passer dans un isoloir avant de voter librement pour les candidats de notre choix. 

Ils ont fait la guerre pour que nous vivions, ensemble, dans un monde meilleur que le leur, pour que nous vivions dans un Etat de droit, au coeur d’une nation choisie, en toute conscience, riches de notre culture. 

Ma chère petite Alizée, du haut de tes six mois, j’aimerais que tu saches que mon vœu le plus cher serait que nous fassions pour toi, autant que nos parents ont fait pour nous. "